Je change d'hôtel
La pluie revient
Blues
Je prends le bus 60 jusqu'au City Council.
Le trajet me paraît interminable avec mon gros sac et ma tristesse en bandoulière.
À l'arrêt je sors le plan que Ya-Chin m'avait fait.
Première à gauche, 6e à gauche le long du square.
Metropolitan Hotel.
L'hôtel est moderne et confortable.
Les deux dames à l'accueil s'affolent un peu en me voyant arriver et m'entendant parler anglais.
Je sors le reçu de l'acompte payé par Ya-Chin, elles sont soulagées.
Ya-Chin avait dû noter des choses en chinois.
1256 dollars la nuit
Ca donne le sentiment d'être riche.
Niveau 7, comme à Chenching, chambre 701.
Cette fois-ci dans l'ascenseur, il n'y a pas de 4e étage du tout.
La chambre est propre avec un grand lit et une salle de bain équipée d'un lavabo design et d'une petite baignoire.
Le rideau de la fenêtre est très épais et de la couleur des murs.
Il est bien baissé à tel point que j'ai cru en arrivant que la chambre était aveugle.
La grande baie vitrée donne sur le square.
J'ai une belle vue sur les immeubles du centre ville.
Pas des joyaux de l'architecture moderne, les bâtiments normaux, "moyens", je crois qu'ici je préfère les bâtiments anciens, la nature
et surtout les gens.
Il y a une bouilloire remplie d'eau chaude avec des sachets de thé et de café.
Je m'assois à la table près de la fenêtre.
Je sors le cahier, le stylo.
Ca n'est pas pareil, il manque la vue sur le lac.
La chambre spacieuse du Chencing lake hostile et ses murs blancs tous simples.
Je me mets sur le lit avec l'ordinateur.
Je trouve le réseau wifi.
Je m'endors.
Au réveil, le ciel s'est couvert.
Ca me plombe le moral encore plus qu'il ne l'est déjà.
J'abandonne l'idée d'aller au lac du Lotus (il me reste encore mercredi, si le soleil revient).
Pas très envie de faire du tourisme.
Je lance un appel aux danseurs sur facebook, si jamais certains d'entre eux ont envie de dîner en ville avec moi, qu'ils fassent signe.
Sait-on jamais ..
Il faut quand même que je sorte.
J'avais décidé d'aller à Taipei mardi (donc le lendemain) il fallait que j'achète mon billet.
Je pouvais le faire par Internet mais tant qu'à faire autant utiliser l'argent liquide de mon salaire.
Et puis ça me pousse à sortir et peut-être faire un peu de shopping.
Comme mes collègues …
Ma carte de métro est presque vide.
Je ne sais pas trop combien mettre d'argent pour qu'elle tienne jusqu'à mercredi soir.
D'autant que là je n'ai que des "grosses" coupures de 1000 dollars (25 euros)
Je décide de m'arrêter à la gare centrale.
Ma carte me le permet.
Peut-être que je pourrai acheter le billet de train.
Ca me fera de la monnaie pour ma carte de métro.
(ah .. il faut que je vous explique : le réseau HSR (TGV) ne vient pas jusqu'à cette gare.
Il s'arrête à la gare de Zuoying plus au nord.
c'est pour ça que je ne suis pas sûr de pouvoir acheter mon billet de train à cette gare)
Je prends le métro, direction Daliao comme pour repartir à Chengching.
Il faut que je change à la prochaine (Formosa boulevard) pour remonter vers le nord.
J'étais dans mes pensées, quand j'entends une voix me demander "are you a teacher ?" .
Je redescends de mon nuage.
Un homme blanc d'1m90, un peu gros et au teint rougeaud me regarde.
Je lui réponds que je suis en vacances.
"holiday ? here ? in Taiwan ?"
Son regard en dit long.
Qu'est-ce que je pouvais bien faire ici ?
Je lui explique que j'ai travaillé trois semaines et que là j'avais quelques jours de vacances.
"what's your job ?
- I'm a dancer
- erotic ?"
Je suis tombé sur LE crétin du jour.
J'ai envie de lui dire "fuck off",
de rajouter qu'il est vraiment bien stupide, que cette île (en tous cas de ce que j'en ai vu) est belle, que les gens sont tellement gentils que je me sens en vacances même si j'ai pas mal bossé.
Mais bon, je lui explique que j'ai monté un spectacle avec des étudiants d'une des Senior High Schools de la ville.
Il est prof d'anglais.
En fait, il est arrivé là il y a 20 ans,
par amour
et ma foi, quoi faire d'autre ici quand on veut bosser et qu'on n'est pas taïwanais ?
donner des cours.
Il me demande si je parle chinois.
...
Lui non plus.
Son plus grand fils lui sert d'interprète.
Que ce bonhomme a l'air malheureux …
Il change avec moi à Formosa boulevard mais reste dans le métro quand je descends à la gare centrale.
Ouf.
J'ai du mal à imaginer qu'on puisse être si malheureux ici.
Toujours se méfier des pays qu'on ne voit que par le prisme du court séjour.
Pas de tickets HSR possible à la gare centrale.
Je remonte à Zuoying.
L'achat se fait très vite.
En plus des guichets, il y a quatre distributeurs automatiques.
Ils fonctionnent tous ...
Kaohsiung Arena.
Je me souviens que Quentin (cf.jour 7) nous avait dit qu'il y avait un night market.
J'essaie.
Malheureusement, le marché est fermé.
Je redescends vers le centre commerçant.
station Central Park.
La force de la pluie me rappelle les averses marseillaises.
En plus chaud
et plus long dans la durée
Je vais quand même au Night market avec mon kway.
Pas grand chose pour moi.
Le style vestimentaire correspond plus à celui de Naïm (23 ans …) qu'au mien.
Je trouve quand même un magasin sympa où je m'achète un short et trois tee-shirts (il faut dire que je n'ai plus le choix, toutes mes fringues sont sales).
Je marche triste sous la pluie battante.
J'aurais bien aimé ne pas dîner seul mais il me semble que personne ne soit disponible.
Tant pis.
Il me restae juste à trouver où et quoi manger, et puis je retournerai me reposer à l'hôtel.
La journée de demain (à Taipei) s'annonce chargée.
Je pourrais retourner au restaurant où on était allé avec Kuan-Ling et mes collègues (cf. jour 4) mais c'est un peu loin et il faut marcher sous la pluie.
Pas envie de tomber malade juste maintenant ..
Je décide de retourner au resto de pâtes.
C'est dans le quartier.
La carte est en anglais, les pâtes sont bonnes …
Un peu de réconfort.
En route, je croise Po Kai.
Il est super étonné de me voir.
Je bredouille deux trois phrases sur son dîner, qu'il fasse un peu gaffe (il m'avait dit deux jours avant qu'il mangeait plus léger parce qu'il aurait grossi).
Je devrais lui proposer de dîner avec moi.
Je n'ose pas.
Tant pis.
Je dîne seul.
Et je rumine.
Pourquoi je n'ai pas de nouvelles des danseurs ?
Pourquoi je me suis tant attaché à eux ?
Pourquoi je suis si sensible aux rencontres ?
aux gens ?
à ce qui est dit ?
Ne s'attacher qu'aux faits, pas aux paroles ni aux écrits …
Passer à autre chose.
Il faudrait que je passe à autre chose.
Vite.
Mais quelque chose de bien.
Pas de factures de porte cambriolée, d'histoire d'ordinateurs, de voitures …
Un autre projet,
aussi joli que celui-là si possible.
(on peut toujours rêver)
Il ne pleut plus quand je sors du resto.
Je rentre à l'hôtel en marchant et en cogitant.
La chambre, Internet.
Pas de news des danseurs.
Dommage.
Peut-être à Taipei demain.




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