un arrière goût de grande tristesse dans l'arrière-gorge
les derniers jours du séjour approchent
ils dansent pour la dernière fois
pas beaucoup de photo
il y en aura plein dans la deuxième partie
Je suis levé à 5h30 comme d'habitude.
Le soleil est revenu.
Je me dis que je devrais aller faire un tour au lac mais je n'en ai pas l'énergie.
Demain,
sans faute,
une dernière fois.
Je passe plus de temps sur Internet ce matin.
Plus de vidéo à retoucher, plus de répétition à préparer.
Le blog reste à finir.
Je vais trainer sur facebook.
Les réactions à la vidéo sont positives.
C'est vrai que beaucoup de gens ne m'imaginent plus créer pour des groupes après ces deux années en solo.
C'est pourtant bien ce que je préfère.
D'autres messages m'étonnent :
alors que j'ai écrit "voilà c'est fait" hier soir, parmi les quelques messages qui me demandaient comment ça s'était passé, on me parle de la mort d'Amy Winehouse, de DSK, du bonhomme barré qui a tué une petite centaine de norvégiens, de la dette de la Grèce …
Comme si j'avais été coupé du monde ces trois semaines,
comme s'il fallait me ramener vite à la petite réalité européenne,
ou plutôt non,
comme si ma petite vie et mes petites émotions n'étaient rien comparées à la dette de la Grèce et à un extrémiste catholique.
Je leur réponds juste que j'étais au courant, et je décris un peu ce que j'ai vécu pour ceux que ça a l'air d'intéresser.
Je parle avec mon amie Rosanna Filiponni, professeur de danse classique en Italie.
C'est une amie "facebook".
On ne s'est jamais vus mais on correspond depuis quelques mois (ça me permet aussi de travailler mon italien).
Je lui parle de mon sentiment d'hier.
"Noi artisti siamo spesso soli … purtroppo"
(Google traduction pour ceux qui ne parlent pas italien)
Je lance un autre statut :
"aucun retour de qui que ce soit, c'est un peu violent à vivre
heureusement que les danseurs sont là …"
Là aussi, les réponses sont étonnantes.
N'en parlons plus.
On ne peut toujours être en empathie avec les autres.
Je reçois un mail de Julia me disant qu'elle part avec le taxi du matin …
Je m'en doutais.
En fait, il y avait deux taxis de prévus.
Un à 9h30 pour ceux qui voulaient prendre le cours de Zaimon et un à 11h.
Dans le second, il ne restait plus que Julia et moi.
Naim ayant apparemment décidé de partir par ses propres moyens (ce qui m'étonne un peu) et les taïwanais aimant souvent être à l'école au plus tôt.
Angela allait prendre le cours de Zaimon.
Et je sentais que Julia allait les rejoindre.
Je m'étais donc préparé à dire à cette chère Ya-Chin d'annuler le second taxi si c'était possible.
Je me retrouvais seul.
Ya-Chin tente d'insister.
Je lui dis que c'est ridicule de déplacer un taxi pour moi.
Je prendrais le bus.
Publication de trois articles sur le blog.
Douche.
Quelqu'un tape à la porte, je crie "Sorry" pensant que c'était la femme de ménage.
Je prépare mes affaires.
Pas de danse pour moi aujourd'hui.
J'arrive dans le hall.
Naïm est là.
Il me dit qu'il attend le taxi depuis 11h.
En fait, c'est lui qui était venu taper à la porte.
Je lui explique qu'on croit qu'il partait de son côté.
Il a un regard désespéré.
Je souris.
On part prendre le bus ensemble.
Il me dit qu'il est content de rentrer chez lui, qu'il en a un peu marre.
Je peux le comprendre.
Moi à vingt ans de moins, si on m'avait envoyé seul dans un pays dont je ne connais rien, où il faut que je vérifie tout ce que je mange (il est musulman) avec un petit bagage en anglais, je serai un peu fatigué de tout ça au bout de vingt jours.
On se quitte à la station de métro, il va lui aussi acheter des cadeaux pour ses danseurs.
J'arrive à l'école sous une chaleur écrasante.
Même les chiens sauvages n'ont plus l'énergie de bouger.
C'est la fin du cours de Zaimon, mon plateau repas m'attend.
C'est le même qu'au premier jour, il est servi dans de jolies petites boîtes en bois.
Un élève amène une autre boîte en plastique à Zaimon, c'est un en cas.
La boîte rappelle celle des hamburgers, ce sont des ban boa.
Yu Yen arrive avec ses grands yeux malicieux et m'amène la même boîte.
Je crois que j'aurais trop de choses pour mon déjeuner.
Je vais vite voir ma collègue, la jeune fille qui s'occupe du DVD et je lui parle de la petite musique de j'ai entendu au dessus de la bande son de la chorégraphie.
Elle l'a entendue aussi.
Elle me promet que ça n'arrivera plus, que l'ordinateur sera allumé longtemps avant.
Je sais maintenant que je peux lui faire confiance.
La digestion me donne sommeil.
Ca me détend un peu.
14h
Ouverture des portes.
Je vais dans les loges.
J'attends avec Yu-Ting, Wu-Yen et Yu-Yen.
Ce sont les trois seules qui ne font que ma chorégraphie.
On ne se dit pas grand chose.
Mais c'est bien d'être là.
Ensemble.
Elles ont le trac, ça se voit, c'est normal.
En fait, elles ne parlent quasiment pas anglais.
Et pourtant, dans l'avancement du boulot, ça se passait tellement bien qu'il m'a fallu une semaine pour m'en rendre compte.
Quand les corps sont sur la même longueur d'ondes.
14h30
C'est reparti.
Pour la dernière fois.
Et c'est bien l'énergie d'une dernière que l'on a sur un plateau.
Ils donnent tout.
Et dans cette première partie qui est très dynamique,
ils peuvent vraiment rendre hommage aux chorégraphes.
Ils sont énergiques avec Eddie, d'une animalité brute avec Julia, rock pour Naïm et majestueux avec Chien Chih.
Je regroupe les danseurs après l'entracte pour leur souhaiter une dernière fois bonne chance.
Je retourne dans la salle.
Je croise Zaimon et Kwan-Ling qui vont fumer une clop, ils vont peut-être rater ma pièce, pas grave …
Les petits dansent bien, et tremblent un peu (comme moi sur scène).
Ils gèrent leurs déséquilibres.
C'est beau.
Tout s'enchaîne.
C'est déjà fini.
Aux saluts, ils reprennent le même mouvement mais cette fois ci ensemble.
Comme mes collègues masculins entrent en dansant (hip hop pour Eddie, saut périlleux pour Chien Chih), je reprends la chorégraphie là où les petits l'ont arrêté dans leur salut.
Une dernière salve d'applaudissements.
(à venir aussi, un article sur les "dernières fois", ceux qui voyagent me comprennent déjà)
Le noir.
On crie tous, fort !
Puis la lumière s'allume et on amène des chaises.
Je comprends que c'est pour nous.
Sur le planning, il y avait marqué "forum", j'imaginais que c'était un cocktail où on aurait pu (enfin) tenter de parler avec les gens.
Pas tout fait,
une partie de public est restée,
elle nous posera des questions.
Une dame prêtera main forte à Ya-Chin pour la traduction.
Elle ouvre le débat en disant que le spectacle est beau et intéressant, et que ça serait bien qu'il puisse tourner dans le reste du pays.
Que les Dieux (de la finance surtout) l'entendent ..
Les questions sont intéressantes :
On demande à Zaimon (dont la pièce est basée sur des jeux) quelles sont les règles de ces jeux.
À Julia qui parle d'animalité, d'en dire plus sur son projet.
À Angela qui a travaillé sur une partition d'Edgar Varese, d'expliquer le choix de cette musique contemporaine.
A Chien Chih, pourquoi se pièce s'appelle "Between", apparemment il y a un quiproquo.
La traduction chinoise faisait supposer qu'il s'agit d'entre deux … personnes, alors qu'en fait il est entre deux .. mondes.
Le monde contemporain et la tradition.
Le monde contemporain et la tradition.
Quant à moi, on me demande, vu que ma pièce parle de mes sensations d'ici, qu'est-ce que je pense du pays et des danseurs taïwanais.
Puis on nous demande à tous si nous avons fait une création ici ou si c'est une reprise et qu'est-ce que ça nous a apporté de travailler avec des danseurs taïwanais.
Les réponses sont diverses.
Pour certains (et j'en fais partie) les esprits sont ailleurs.
Pour finir, on nous présente le "principal" de la Senior High School of Tsoying.
Et la vice-présidente de la WDA-Asian Pacific (c'était la traductrice).
Applaudissements.
Dernière photo.
Premiers au revoir ...






One of the most memorable times I've had in a very long time! I'm so lucky to have been a part of this experience and to have meet you all!
RépondreSupprimerZaimon x